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Qu’est-ce que “le sionisme” ?

Théodore Herzl - l'un des pionniers du sionisme politique


Nombre de gens qui se déclarent “pro-sionistes” ou “antisionistes” le font - trop souvent - de manière malencontreuse et sans savoir véritablement ce qu’est “le sionisme”.
Pour remédier à cette lacune, il faut aussi aller au-delà de l’évènementiel, prendre du recul sur lui, et ce justement afin de l'analyser en profondeur et de comprendre ce qui se cache derrière l’événementiel ou le conjecturel.

Tout d’abord, l’étymologie de “sionisme” : c’est un substantif construit sur le mot “sion” qui en hébreu (
ציון) signifie “emplacement désigné”. Dans la Bible, “Sion” est souvent synonyme à Jérusalem, et par extension du pays d’Israël, avec une connotation affective.

Au XIXème est né un mouvement de libération qui prônait le retour du peuple Hébreu sur la terre de ses ancêtres dont il avait été spolié par l’occupant romain qui opprima dans le sang et la déportation les rébellions des indigènes Hébreux.
Ce mouvement ne prônait pas uniquement un retour physique sur la terre ancestrale, mais également le recouvrement de la souveraineté nationale perdue.
Quoique n'ayant pas encore de nom - certains voulaient lui octroyer celui de “Mouvement Hébreu de Libération " -, ce mouvement prônait bel et bien l'autodétermination et s'inscrivait dans le grand processus de reconnaissance des "droits nationaux".
Mais ce nom – était-il trop abscons ou idéologique ? – ne "prit" pas parmi les masses juives imbibées de religiosité. Aussi, et pour des raisons qu’on appellerait aujourd’hui de “marketing”, s’est-il fait sentir le besoin de trouver un nom court et rassembleur, qui pourrait aller aussi bien dans le sens des laïques que des traditionalistes, qui se déchiraient sur la question de la place du judaïsme dans ce mouvement.
Les révolutionnaires ultra-laïques et anti-judaïques qui revendiquaient l’hébraïsme ne voulaient rien entendre d’un nom qui rappelait les croyances judaïques. Et les traditionalistes privilégiaient un nom “juif traditionnel”.
C’est alors (aux environs de 1890) qu’un certain Nathan Birnbaum eut ce qu’il croyait être un “coup de génie” : appeler ce mouvement “sionisme” !
Il pensait ainsi réunir sous cette bannière les laïcs et les traditionalistes. Il est à noter que Birnbaum lui-même au départ "sioniste" laïc, finit son itinéraire idéologique comme religieux a-sioniste, voire antisioniste !  
Mais en 1890, c'est lui qui proposa la terminologie “sionisme” à Théodore Herzl qui n’en avait cure et qui finalement l’adopta bon gré mal gré dès 1903 lors des fameux “congrès sionistes”, avec la fortune que l’on connaît.
Depuis, le terme “sionisme” a supplanté celui de “Mouvement Hébreu de Libération”, au grand dam des révolutionnaires et activistes laïcs.

Le succès de l’usage du terme “sionisme” n’a pas pour autant fait disparaître les clivages et le fossé infranchissable entre les partisans du mouvement de révolution hébraïque ultra-laïque (comme Horon ou Ratosh), les tenants du traditionalisme judaïque libéral, appelé “sionisme pragmatique” (celui de Herzl ou de Weizmann), ou encore ceux du “sionisme national-religieux” (du rabbin Kook).

Il ne faut donc pas parler de “sionisme” mais de “sionismes”. Et ces sionismes sont contradictoires, opposés, voire antagonistes. Ils déchirent d’ailleurs jusques aujourd’hui la société israélienne.
 
Le quidam étranger, qui n’a aucune notion de ces méandres sémantiques, met tous les “sionismes” dans le même panier. Ainsi, lors de débats télévisés on entend un journaliste occidental évoquer par exemple la Bible et le judaïsme pour définir la doctrine d'un sioniste hébreu ultra-laïque. Or celui-ci ne voit dans la Bible et le judaïsme aucun fondement - bien au contraire !- à la justification historique du “sionisme” et à la légitimité de l’Etat d’Israël.

Pour cet Hébreu anti-judaïque, l’Etat d’Israël ne tire sa légitimité que de contingences exclusivement rationnelles et historiques : le droit du peuple Hébreu à recouvrer sa patrie ancestrale de laquelle il a été injustement spolié par les colonialismes et impérialismes successifs qui ont déferlé sur sa terre (romains, byzantins, et le dernier en date le conquérant arabo-musulman !).
 
Cet Hébreu parlera uniquement de notions telles que "l'antériorité des droits historiques d'un peuple sur sa terre". Il réfutera tout argument irrationnel de “droit divin” ou de “Terre promise”. Pour lui, sa patrie n’a été "promise" par personne. Le peuple Hébreu était le peuple indigène, premier, et autochtone de cette terre. Un point c’est tout !
Il déclarera donc vouloir combattre l’occupant arabo-musulman jusqu’à le bouter de la dernière once de sa patrie hébreue ancestrale. Il s’opposera à toute “concession territoriale” et niera aux palestinistes le moindre droit à créer un Etat de "Palestine", terme factice imposé par l'occupant romain.
 
A l’inverse, le même journaliste occidental entendra son interlocuteur “sioniste libéral pragmatique” l’entretenir du droit d’Israël à exister comme “abri contre l’antisémitisme”, à tenir des discours sécuritaires, et à soutenir le slogan “Deux Etats pour deux peuples” reconnaissant le droit aux palestinistes à se créer un Etat indépendant en Judée-Samarie.
Ou encore il ouïra un sioniste national-religieux lui tenir un discours judaïque sur la promesse “divine” de reconstruire l’ancien Temple de Jérusalem, et autres billevesées messianiques aux antipodes de l'idéologie d’un Hébreu laïque !

En somme, de quoi perdre les pédales ! Et les Occidentaux en effet se perdent dans ce labyrinthe. Ce qui ne les empêche point de se déclarer (selon leurs propres fantasmes, croyances ou idéologies… et ignorances ?) “pro-sionistes” ou “antisionistes”.

La seule manière de clarifier la situation, semble être ... une guerre civile en Israël !
Non point une guerre armée fratricide, mais une véritable guerre sémantico-idéologique (que j’appelle de tous mes vœux !).
Cette guerre – dont la raison d'être n'est pas de déniaiser des journalistes occidentaux ignares, bourrés de préjugés, et imbus de leurs personnes -, mais de permettre au peuple Hébreu et à l'Etat d'Israël de surmonter ses contradictions internes qui le minent.

C'est une question de vie et de mort ! D'autant plus qu'il est aux prises à un ennemi extérieur – le panarabisme palestiniste islamique – qui n’attend que le moment opportun pour lui porter “le coup de grâce” !

David A. Belhassen

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