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Jésus parlait et enseignait en hébreu et non en araméen !






  1. La langue de Jésus : Question historique ou enjeu politique ?




La récupération de la figure de Jésus (de son vrai nom hébreu Yeshoua’) est un des coups de boutoirs de la propagande palestiniste afin de saper la légitimité d’Israël, en tant qu’Etat hébreu. Cette propagande qui a des ramifications de par le monde, y compris occidental, a introduit insidieusement l’allégation que Jésus parlait, non pas l’hébreu mais l’araméen (à quand l’arabe ?!), puisque « l’hébreu était déjà une langue morte à l’époque de Jésus ».


Cette allégation est devenue, depuis sa vulgarisation dans le film de Mel Gibson, une sorte de « vérité » ex machina reprise par tous, y compris par les Juifs de Diaspora ou les Israéliens eux-mêmes dont la naïveté idéologique ne permet pas de détecter l’intention propagandiste sous chaque allégation palestiniste.


Or la propagation de ce mythe, qui ne résiste pourtant à aucune étude historique et étymologique sérieuse, a un but bien délibéré : s’accaparer la figure prestigieuse de Jésus à des fins politiques.



Par le biais d’une analyse historique et étymologique, le propos de cet article est de réfuter l’allégation (pseudo innocente et objective) selon laquelle la langue de Jésus était exclusivement l’araméen. Il est aussi de révéler – à part le substrat linguistique par lequel les différents rédacteurs des Evangiles canoniques ont initialement rédigé leurs textes -, l’usage que faisait Jésus de l’hébreu dans son parler courant et surtout dans quelle langue spécifique a- t-il dispensé à ses disciples son enseignement, donc son message et sa « Bonne Nouvelle » ?






  1. LES LANGUES Á L ’EPOQUE DE JESUS



Á l’époque de Jésus, période de crise, politique, spirituelle, et sociale, quatre langues se « côtoyaient » en terre d’Israël (Judée, Pérée, Samarie, Galilée, Golan). Les voici, selon leur ordre chronologique : l’hébreu, l’araméen, le grec et le latin.
Choisir de s’exprimer dans une de ces langues plutôt que dans l’autre était forcément une façon de se positionner face à l’occupant romain.

- Le latin était en effet la langue du nouvel envahisseur.
L’administration romaine, qui se mit rapidement en place, faisait naturellement usage de sa langue latine. Cette dernière était probablement parlée, ou tout du moins comprise, par les hauts fonctionnaires judéens et des hautes instances de Jérusalem (comme le Sanhédrin).

En revanche, il est douteux qu’en si peu de temps (une ou deux générations), le latin ait pu pénétrer dans les couches les plus défavorisées de la population hébreue indigène. En Galilée particulièrement, province reculée et fief de la plus farouche résistance anti-romaine, le latin exécré n’avait pas « droit de cité ».

En effet, les patriotes hébreux (francs-tireurs sicaires, rebelles zélotes et autres « ultras »), se chargeaient à coup d’embuscades et guet-apens, d’interdire aux légions romaines toute ingérence dans leur vie. Or, faut-il le rappeler, les surnoms des premiers compagnons de Jésus, laissent penser qu’ils se recrutaient parmi ces « ultras » (ainsi « Simon le roc », « Simon le zélote », « Judah le glaive » ou encore « Jacob l’éclair »). D’autant plus que ces disciples, campagnards bourrus et modestes pêcheurs, étaient, selon les Actes des Apôtres (4, 13), des gens peu lettrés.

Par quel miracle, auraient-t-ils su manier le latin aussi bien que l’hameçon ou la faucille ?! Jésus sortait-il du lot ? Serait-ce sa connaissance du latin qui impressionna ses disciples et lui octroya son charisme ? On a du mal à le croire.



Ce qui, lors du Sermon sur la Montagne (Matthieu, 7, 28) séduisit Simon, Jean, ou André ainsi que tous les villageois de la contrée, était sa connaissance de la Torah et des Livres des Prophètes, sa façon directe et populaire d’en déduire une éthique et un comportement social (à la différence des méandres de l’exégèse pharisienne), et surtout sa prise de position en faveur des pauvres, des indigents et des opprimés.
Cela n’a pas empêché Jean-Claude Barreau (Biographie de Jésus. Paris, Edition Plon, 1993. p 29) d’affirmer que Jésus n’a pas eu besoin de traducteur lors de sa discussion philosophique, quasi précieuse, avec Pilate le préfet romain de Judée. Or cette célèbre scène (Jean 23, 33-38) est justement une des rares à faire l’unanimité parmi les chercheurs modernes qui la considèrent tous comme non–historique, voyant mal Jésus converser en latin avec Pilate ! L’unique rapport que pouvait avoir à cette époque le fils d’un modeste charpentier galiléen avec « l’administration » romaine, était lors de la levée forcée des impôts. La trique et le son de la monnaie étaient, entre les percepteurs et les villageois galiléens, plus courantes que de virtuelles discussions existentielles sur la rédemption de l’humanité.



- Le grec fit son intrusion brutale en Israël cent cinquante ans avant le latin, avec les conquêtes d’Alexandre de Macédoine.

Les livres des Macchabées relatent la guerre d’indépendance et de libération que mena victorieusement le peuple d’Israël contre Antiochus, un des successeurs d’Alexandre. A la différence cependant du latin, qui fut toujours identifié comme la langue de l’oppresseur, la traduction de la Bible en grec (« La Septante  » ) octroya à la langue de l’envahisseur ses lettres de noblesse parmi « l’intelligentsia » et les classes dirigeantes judéennes.


Il était de bon ton de converser en grec pour se démarquer de la plèbe qui était encore fidèle à l’hébreu. Presque tous les dirigeants judéens adoptèrent ainsi, à côté de leurs prénoms hébreux, des noms propres tels que « Aristobule », « Hyrcan », « Antigone » etc… Et même Alexandre ! (voir les deux noms du roi hasmonéen : Alexandre Yanaï).
Des dizaines de mots grecs ont ainsi pénétré dans le vocabulaire hébreu, à tel point qu’aujourd’hui les Israéliens sont persuadés que « Sanhédrin » ou « Guématria » sont du pur hébreu alors qu’ils sont d’origine grecs (les chefs Macchabées doivent, c’est le cas de le dire, se retourner dans leurs tombes !).


Nonobstant un succès indéniable dans la Diaspora juive, le grec ne put cependant, à l’époque de Jésus, se répandre parmi les couches populaires indigènes. La syntaxe grecque, étant très différente de l’hébreu ou de l’araméen, les ruraux de Galilée devaient « s’y casser les dents » (à la différence des aristocrates et des citadins de Jérusalem, rompus depuis longtemps à l’emploi du persan – classé avec le grec parmi les langues dites 'indo-européennes'). Il faut également imputer le « rejet » des masses au grec à une cause politique : l’amalgame que la conscience hébraïque collective faisait entre le grec, langue devenue quasi officielle dans l’Empire Romain en Orient, et le latin exécré. Seuls quelques noms propres grecs mais latinisés furent adoptés, sans doute grâce à leur résonance hébraïque. Dans les Evangiles par exemple, certains disciples de Jésus avaient des noms grecs : « Bar Talmaï », parce qu’il calquait à l’hébreu « Telem », ou « Andraï » parce qu’il traduisait « ishaï », un nom hébreu très prisé qui signifiait « don » mais était entendu comme « homme ».



- L’araméen bénéficie d’un a priori. Admise par nombre de chercheurs comme la seule langue courante au temps de Jésus, elle aurait été une sorte de « lingua franca de l’Asie Mineure sémitique » (sic !).


Il est évident que les Evangiles – bien qu’ils ne nous soient parvenus qu’en Grec -, sont truffés de mots et d’expressions en langue araméenne tels que Abba (= Père), Bar (=Fils), Talitha qumi (= Fillette, lève-toi) etc… Et il est aussi évident que Jésus et ses disciples savaient très bien l’araméen, langue proche de l’hébreu.

Mais cet a priori fait cependant fi de certaines considérations idéologiques, politiques et linguistiques cruciales :


L’araméen était lui aussi une langue d’occupant. On pourrait même dire, la langue d’un double occupant. Celle de l’occupant extérieur araméen puis assyro-babylonien qui, six siècles environ avant Jésus, avait détruit les royaumes d’Israël et de Judée. Mais aussi la langue d’un « occupant intérieur » : le judaïsme pharisien.


Les adeptes du judaïsme pharisien, ces émigrés de Babylone, ces nouveaux-venus aux yeux des hébreux autochtones, méprisaient les samaritains et les galiléens, à qui ils accolèrent le sobriquet de « cuthéen », de « culs-terreux » (= « bour ve am haaretz ») de « phénicien », de « cananéen » etc… Ils voyaient dans leur patois hébreu, qu’ils comprenaient mal d’ailleurs à cause d’une différence de prononciation et d’accentuation entre leur hébreu biblique fossilisé et le « charabia » samarito-galiléen, la preuve de la supériorité de leur culture judéo-babylonienne.
Le fossé s’élargit d’autant plus que le judaïsme babylonien changea même la calligraphie des lettres hébraïques et adopta ce qu’il est d’usage de nommer « écriture carrée » par opposition à « l’écriture saccadée » originelle de l’hébreu.

Tout patriote hébreu (y compris Jésus et ses compagnons) était donc loin de considérer l’araméen comme sa langue maternelle chérie. Et bien qu’ils l’employaient couramment, ces hébreux galiléens savaient, « sentaient », qu’elle n’était pas la leur.

S’il nous est permis de faire un parallèle avec la situation actuelle en Algérie, nous dirions qu’un « kabyle » qui revendique son berbérisme, ne considèrera jamais l’arabe comme sa langue. Tout en parlant parfaitement l’arabe, un Amazigh autochtone cherchera toujours la moindre occasion pour « placer son mot » en langue berbère, si possible et souvent par défi, justement lorsqu’un arabophone se trouve dans les parages. De plus, on sait aujourd’hui, de par nombreuses découvertes archéologiques, que les Samaritains n’ont jamais cessé d’utiliser l’hébreu comme langue vivante et pas seulement liturgique. Or Jésus le galiléen était bien proche (au moins géographiquement) de ses voisins samaritains (voir dans les Evangiles « La parabole du bon samaritain », ou « La femme samaritaine » et ses nombreuses rencontres avec eux). Quelle était donc cette frontière invisible qui faisait qu’un village samaritain parlait l’hébreu, et qu’un village galiléen situé à deux pas parlait uniquement l’araméen ? Absurde !


Le problème est donc plus épineux qu’il ne paraissait de prime abord, et l’araméen n’est pas ce franc-parler pittoresque et inoffensif que l’on a bien voulu mettre dans la bouche de Jésus.



- L’hébreu était, originellement, la langue indigène de la contrée allant du Nil à l’Euphrate. L’archéologie a prouvé que ce que l’on appelle le paléo-hébreu (nommé aussi proto-cananéen) date d’au moins cinq millénaires et qu’il englobait tous les « hébraïsants » : Israéliens et Judéens, Cananéens et Phéniciens (puis Carthaginois), Iduméens et Midyanites, Moabites et Ammonites, bref tous ses habitants autochtones.

Á chaque fois que ces peuplades ont eu à subir le joug d’un occupant étranger, leur première réaction fut de se raccrocher à leur langue hébraïque, comme à une bouée de sauvetage identitaire.


Mais cette langue  « nord ouest sémitique », selon la classification traditionnelle (mais peu scientifique), avait une proche « cousine » : L’araméen. le Père Marcel Jousse, en 1930 déjà, entrevoyait que derrière le « koïné », le grec populaire des Evangiles, se cachait un originel « sémitique » qu’il croyait être l’araméen.

Pourquoi l’araméen et non pas l’hébreu ? Sans doute parce que depuis le 16ème siècle, l’opinion générale supposait que l’hébreu était, déjà au temps de Jésus, une « langue morte » en Israël. En dépit de son anachronisme, cette assertion eut la vie dure…jusqu’à la découverte des manuscrits de la Mer Morte, dans la seconde moitié du XXème siècle, qui a relégué cette « évidence » au statut de fable pieuse.

Mais c’est surtout depuis les années 1980-90, avec les travaux de L’Abbé Jean Carmignac « La Naissance des Evangiles Synoptiques », et davantage avec « Le Christ Hébreu » de Claude Tresmontant, que l’on sait que « ce grec populaire » est en fait une « langue calque », un mot à mot à partir non pas de l’araméen mais de… l’hébreu !

Dans son ouvrage (« Le Christ Hébreu ». Edition Albin Michel. Paris. 1992), Tresmontant fait un examen minitieux, verset après verset, des textes évangéliques, et à chaque fois il trouve l’hébreu sous le calque grec.


Certains arguments lui ont été opposés : le fait que dans les Evangiles, la Bible est citée d’après la « Septante », cette traduction grecque en usage chez les Hébreux hellénophones. Et donc que les « hébraïsmes » des Evangiles ne prouvent pas forcément l’existence d’un substrat hébreu, puisque les auteurs des Evangiles pouvaient avoir retenu et copié des expressions hébraïsées de la Septante.

Selon Tresmontant, cette argutie ne tient pas compte du constat que la langue grecque des « Septante » était de qualité bien supérieure à celle des Evangiles. De plus, les « citations » des Evangiles ne sont pas fidèles, loin de là, à la traduction des « Septante » (pas plus qu’à la Pshitata, la traduction de la Bible en araméen).



De plus ni le grec et ni l’araméen ne peuvent expliquer clairement les paroles, les loggias et les paraboles (donc toute la pensée !) de Jésus. Ces deux langues (le grec évidemment plus que l’araméen) appauvrissent au contraire et même trahissent l’enseignement de Jésus en hébreu, qui était non seulement la langue écrite des « Saintes Ecritures », mais également une langue encore parlée.

Néanmoins, si Tresmontant ne se prive pas, à juste titre, d’égratigner ses collègues, spécialistes du Nouveau Testament grec « qui ne savent pas trois mots d’hébreu », sa démonstration pour réfuter ceux qui privilégient l’araméen au détriment de l’hébreu est moins mordante. Pourquoi ? Est-ce, comme le dit Lionel Rocheman (Jésus. Enigmes et Polémiques. Grancher. 2000. p 158) parce que « masqué par une langue calque, discriminer l’hébreu d’un araméen sous-jacent n’est pas chose aisée » ?!

Mais alors, serait-ce tout simplement que le grec des Evangiles serait une double traduction ?  
Celle d’une traduction à partir d’un texte araméen lui-même pris d’un texte originel en hébreu ? C’est ce que nous allons nous attacher à prouver.








  1. METHODE DE RECHERCHE

Pour justement distinguer ces deux langues proches, l’hébreu et l’araméen, la méthode proposée est de sélectionner des dictons, des adages, des paraboles, et pourquoi pas des jeux de mots et des calembours, prêtés à Jésus, dans les Evangiles.
Ce choix, qui peut paraître arbitraire, découle cependant d’un certain bon-sens commun : Le cachet d’authenticité de ce qui est convenu d’appeler les « loggias » de Jésus pourrait ainsi « sauter aux yeux » de tout lecteur. Ainsi lorsque, par exemple, Claude Nougaro chante « Le corbeau croâsse et moi je crois », il est évident que le français est la langue d’origine de sa chanson. Ni l’Italien, ni le Portugais et ni l’Espagnol, pourtant proches du Français, ne sauraient retransmettre toute l’ironie « nougaresque ». Non seulement ce jeu de mots est intraduisible, voire impossible, mais le rythme même des allitérations témoigne du substrat linguistique particulier. Néanmoins, il est aussi vrai qu’un bon traducteur de cette chanson par exemple en italien, essaiera toujours de trouver des équivalences, ne serait-ce que pour conserver une partie de la « saveur » du texte originel.


Il en est de même pour les jeux de mots de Jésus qui parsèment les Evangiles. Prenons un exemple : d’après l’Evangile de Matthieu (10, 34), Jésus aurait averti ses disciples qu’il n’est point venu apporter « La paix mais l’épée ! ».
Ce jeu de mots, qui n’existe pas en grec, n’est pas qu’une heureuse coïncidence : bien que « glaive » aurait été plus précis, la plupart des traductions françaises lui ont, inconsciemment, préféré « épée ». Pourquoi ? A cause du jeu de mots « paix » et « épée ». Cette entorse au texte est due non au génie propre de la langue française, mais plutôt au penchant naturel de tout traducteur de préférer une bonne homonymie à une fidélité bornée à une translation littérale et au mot à mot (« traduttore = tradittore » ?).

Et si de tout temps et dans toutes les langues, les homonymes furent privilégiés par l’étymologie populaire pour créer ses propres jeux de mots, il semble que certains idiomes et certaines époques s’y prêtent mieux que d’autres.
Les langues dites « levantines » (et l’hébreu en particulier), de par la racine tri-consonantique de presque tous leurs mots et la faculté d’interversion de l’ordre des lettres (métathèse), sont une source inépuisable d’homonymes, donc de « bons mots ».
 

Examinons de près quatre exemples, parmi les innombrables « bons mots » parsemés dans les Evangiles.




1. Pharisiens et excréments.

Matthieu (Chap 15) et Marc (chap 7) nous relatent une scène haute en couleurs.
Des pharisiens, très soucieux de leur pureté rituelle (leur nom signifie principalement « séparés du peuple impur »), remarquent que les compagnons de Jésus rompent le pain du repas sans auparavant avoir fait l’ablution des mains. Ils vont voir Jésus et l’accusent d’enseigner à ses disciples le dédain de la tradition des Anciens. Jésus leur répond par un verset d’Isaïe, les accusant à son tour d’hypocrisie en primant le respect méticuleux de leurs traditions au mépris de la Foi.


Et c’est alors que Jésus prononce sa fameuse sentence :
« Ce n’est pas ce qui pénètre dans la bouche qui souille l’homme mais ce qui en sort ».


Les disciples, en apercevant les pharisiens extrêmement choqués des paroles de leur Maître, lui demandent l’explication de la parabole. Jésus les sermonne : « Etes-vous vous aussi des bornés ?! Ne comprenez-vous pas que ce qui pénètre dans la bouche descend dans le ventre et s’en va comme excréments aux lieux d’aisances, tandis que les paroles mauvaises qui sortent de la bouche proviennent du cœur, et elles, elles souillent l’homme ! »


En relisant toute cette scène, aussi bien en français qu’en grec ou même en araméen, on a du mal à saisir ce qui offusque tant les pharisiens et pourquoi Jésus traite-t-il ses propres disciples de bornés ! On aura aussi énormément de mal à expliquer pourquoi la simple juxtaposition de trois mots : pharisiens-excréments-paroles, déclenche instantanément chez les auditeurs de Jésus, le sentiment d’avoir été bafoués d’une part (chez les pharisiens), et … un fou rire général d’autre part (chez ses disciples galiléens).


J’en ai fait l’expérience en retraduisant en hébreu ce paragraphe à des Israéliens hébréophones. 
 

En effet, si en français, les mots « excréments », « paroles », et « pharisiens » ne rélèvent d’aucune homonymie, en hébreu par contre, ils dérivent tous d’une racine commune P-R-SH, qui étymologiquement indique « ce qui sort », « ce qui se sépare », donc à la fois les excréments (=P-Re-SH) qui sortent de l’orifice anal, les paroles ou encore « exégèses » (= P-Ru-SH) qui sortent de l’orifice buccale, et le pharisien (= P-Ro-SH) qui sort et se sépare du peuple avec son exégèse qui fait l’amalgame entre « excrément » et « parole », anal et buccal.

Par ce « calembour », Jésus rétorque donc aux pharisiens que la véritable souillure est leur exégèse méticuleuse et rébarbative de la Torah.


Certains trouveront l’humour assez vulgaire ou de mauvais goût, d’autres penseront qu’il ne manque pas de « suc ». Mais que l’on apprécie ou non, le sens caché de la parabole n’apparaît qu’en hébreu. Et tout cet épisode aurait été beaucoup moins percutant si Jésus s’était adressé aux pharisiens en araméen, puisque dans cette langue, parole/exégèse (pishra) s’associe bien à pharisien (proushi), mais pas aux excréments (mohraot).




2. Pierre et fils de pierre.


Qui ne connaît ce passage de l’Evangile de Matthieu (16, 17-19):
« Heureux sois-tu, Simon fils de Jonas… Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».

De prime abord, le jeu de mots est clair, un peu facile et simplet dira-t-on. Pourtant une étude linguistique est à même de nous révéler une toute autre complexité.
A l’époque le surnom\prénom Pierre n’existait ni en Grec ni en Latin. En araméen, « pierre » se dit « kaïfa » et en hébreu « eben ».


Si nous retraduisons ce passage de Matthieu en hébreu (en lettres latines), voilà ce que cela donne : « ashreikha shim’on benyona… atah eben veal eben zo ebneh benyani. »


Un simple coup d’œil nous montre que les consonnes bn qui en hébreu se trouvent aussi bien dans le mot « fils » que dans celui de « pierre », reviennent pas moins de cinq fois !


Or, les mêmes mots dits en araméen sont loin de présenter une telle allitération : au lieu de benyona c’est baryona, kaïpha à la place de eben, et kenishti pour benyani.
Bien peu en effet, comparé à l’hébreu dont le clavier sonore enrichit l’allitération en englobant, de façon extrêmement sophistiqué, à la fois le surnom de Simon, le nom de son père (lui-même homonyme du verbe bâtir), le verbe bâtir, la matière première sur et avec laquelle on bâtit, et le but final de cette charade !


Par le biais de cette allitération\charade, Jésus a ainsi fait de Simon-Pierre son premier disciple, l’héritier, tel un fils, de son message, ainsi que le « bâtisseur » des générations futures. D’autant plus que « benyona » signifie en hébreu « fils de la colombe » (= « esprit saint » !), que Pierre est le surnom du Dieu d’Israël (Eben Israël), et que « bâtir » évoque que c’est sur cette pierre que s’est jadis édifié le Sanctuaire de Yahweh !!!






3. Pain et Chair, Vin et Sang

Les trois Evangiles synoptiques nous rapportent ce qu’il est d’usage d’appeler « La Cène », en réalité le repas de Pessah (La Pâque), à partir de laquelle s’instaurera la cérémonie chrétienne de l’Eucharistie. En raison de sa concision, citons Marc 14, 23-24 : « Il (Jésus) prend un pain, bénit, partage, leur donne et dit : Prenez, mangez. Ceci est ma chair. Il prend une coupe de vin, rend grâces, et leur donne… Il leur dit : Ceci est mon sang… ».

Cet épisode donna lieu à de graves contre-sens. Certains exégètes juifs rabbiniques ont voulu voir dans cette « Cène », non seulement une grave entorse à la Bible (et au Talmud), mais de surcroît un ersatz païen (de nécrophagie?!), aux antipodes de la Pâque juive. Et à l’opposé, se répandit dans le monde chrétien une même accusation de nécrophagie contre les juifs avec l’odieuse calomnie de « crime rituel » et « d’usage traditionnel de sang chrétien dans la confection des pains azymes » (sic !). Que de malentendus entre juifs et chrétiens auraient été épargnés, combien de pogroms et de persécutions auraient pu être évités si Jésus avait été lu dans sa langue originelle : l’hébreu.


Voici, grâce à l’hébreu, le sens reconstitué exprimé par Jésus lorsqu’il fit usage de ces quatre mots « pain », « chair », « vin », sang :


Pain = LeHeM; Chair = LeHeM; Vin = aDoM; Sang = DaM.


Le premier tandem, de racine LHM, est à la fois homonymique et synonymique.

Entre parenthèses, le mot « guerre » est construit en hébreu à partir de la même racine (= « miLHaMah), ce qui dit bien ce qu’elle est : Un lieu de « carnage » (du latin carnis = chair), ou encore un moyen de s’approprier le pain (le blé et la terre) d’autrui.
Le second tandem, de racine DM, est une homonymie doublé d’une métonymie (comme d’ailleurs en français dans l’expression « gros rouge » pour un vin de qualité médiocre), évoquant ici la couleur rouge du sang.


En d’autres termes, en évoquant l’homonymie et la synonymie de « Pain et Chair » et « Vin et Sang », de la langue hébraïque Jésus ne fait pas que répéter en ce soir du repas de Pâque ce que sait chaque hébréophone. 
 

Il livre également à ses disciples ses réflexions profondes avant sa mort prochaine : que la coutume du sacrifice de l’agneau pascal, avec toutes les connotations qu’elle renferme de violence et de sang versé, doit être abrogée par la commémoration de sa propre mort, et par là-même, il sublime la Torah.


Il est à noter qu’une fois de plus l’araméen est inadéquat à contenir toute la parole symbolique de Jésus. Dans cette langue, pain se dit « lahma », et « chair » se prononce « bifra »; quant à sang, c’est « damma » et vin est « hamra ». Il n’y a donc ici ni homonymie, ni métonymie, et la pensée de Jésus s’en trouve sensiblement appauvrie.




 4. Eli et Elahi

« Eli, Eli, lama sabachtani ?  » (" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ")

Ces célèbres derniers mots qu’aurait prononcés Jésus sur la croix (Matthieu 27, 46), se trouvent aussi chez Marc (15, 34) : " Elahi, Elahi, lama sabachtani ?  "

Ce « lama sabachtani » étant en araméen, des exégètes en ont conclu que l’araméen était donc la langue maternelle de Jésus. De prime abord, on imagine mal en effet quelqu’un, aux ultimes instants de sa vie, pousser un dernier soupir dans une langue qui ne soit pas la sienne.


Les choses sont pourtant plus compliquées. En réalité, ces mots de Jésus ne sont pas de son cru. Ils sont la traduction de l’original hébreu (Voir la Bible – Psaumes. 22) : " Eli, Eli, lamma ‘azavtani ?  " 


Ce verset a -t-il été dit par Jésus dans la langue originelle (en hébreu), et alors ce seraient les Evangélistes qui pour leurs besoins, et ceux de leurs lecteurs ou auditeurs, l’auraient traduit en araméen ? Ou bien est-ce Jésus lui-même qui l’aurait prononcé, en traduction simultanée pourrait-on dire, en araméen ? Mais pourquoi donc ? Ce verset biblique était connu par tous et lu à la synagogue des centaines de milliers de fois. Pourquoi Jésus qui se présentait au peuple tel un prophète aurait-il fait une telle entorse à son « image de marque » en prononçant un verset si prophétique non pas dans la « langue sainte » hébreue des Psaumes, mais en araméen ?

Avant d’extrapoler, remarquons qu’il y a entre Matthieu et Marc un changement, presque imperceptible à l’œil nu : le « Eli » en hébreu de Matthieu est translittéré en « Elahi » araméen chez Marc.  Ce « Eli » de Matthieu et ce « Elahi » de Marc sont en fait la clé de voûte de toute l’énigme.



Pour savoir ce qu’a réellement prononcé Jésus, et en quelle langue, il suffit de prolonger un peu la lecture du texte. Il est raconté en effet que des témoins de la scène crûrent que Jésus adressait sa supplique au prophète Elie. Or une telle confusion est impensable si Jésus avait prononcé « Mon Dieu » (« Elahi ») en araméen, puisque l’homonymie entre « Eli » (= « Mon Dieu ») et « Elie », le nom du prophète, n’existe qu’en hébreu !


Cela montre donc que Jésus a prononcé ce verset en hébreu, et que le jeu de mots de Matthieu n’a pu être construit que pour des hébréophones. Mais lorsque son jeu de mots fut ultérieurement traduit en araméen, il perdit toute sa saveur.




Dans les quatre exemples mentionnés ici (et il y en a encore des dizaines !), une réponse claire se profile à l’horizon : la prépondérance de l’hébreu chez Jésus au détriment de l’araméen. Seule une référence à l’hébreu permet de comprendre exactement non seulement les paroles de Jésus, mais encore les réactions qu’elles suscitèrent.


Les Evangiles abondent de paraboles et d’expressions (comme par exemple celle du grain de sénevé (Math. 13, 31-32), du levain (Math. 13, 33) et de l’ivraie (Math. 13, 24-30), ou encore des « cheveux tous comptés « (Math. 10, 30), ou la parole de Jean-Baptiste (Jean, 1, 29) sur « l’Agneau qui porte (le péché) » = « Ha seh ha noseh « , toutes typiquement hébraïques et qui ne sont susceptibles de livrer leur sens qu’en cette langue.



On peut donc conclure que même si Jésus connaissait bien l’araméen, il privilégia systématiquement la transmission de son enseignement en hébreu biblique archaïque, quitte à ne pas toujours être compris par tous. Il incombait alors aux disciples d’expliciter au peuple (parfois en hébreu populaire et parfois en araméen), le sens caché de ses paraboles.



C’est probablement dans un tel contexte qu’il faut comprendre la raison pour laquelle « Les disciples s’approchent et lui disent : pourquoi est- ce en paraboles que tu leur parles ? » (Math 13, 10-15 ; Marc 4, 10-12 ; Luc 8, 9-10), et Jésus de répondre :
« Rien de caché qui ne sera découvert, rien d’obscur qui ne sera compris. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le dans la lumière, ce qu’à l’oreille vous percevez, clamez-le au- dessus des toits! » (Math. 10, 26).




Comme il est dit précédemment, les Evangiles sont truffés de loggias et de paraboles de Jésus dans lesquelles son message est en quelque sorte « crypté » en hébreu biblique.


Un tel penchant pour le sens caché des paraboles n’est pas le fruit d’un ésotérisme gratuit de la part de celui qui, paradoxalement, se voulait si proche du petit peuple. Mais ce penchant de Jésus révèle qu’il était bien plus proche que l’on ne le pense des tenants d’un retour à l’identité hébraïque « dure » et d’un activisme patriotique révolutionnaire, tels que celui des zélotes et des sicaires.

Ces rebelles et ces résistants qui luttèrent contre l’occupant romain, choisirent délibérément non seulement de ne parler qu’en hébreu, mais encore de réutiliser les lettres de l’alphabet originel (comme le montrent les pièces de monnaie frappées par les mouvements révolutionnaires hébreux de cette époque).

Cela signifierait-il que, en octroyant son enseignement uniquement en hébreu, Jésus oeuvrait à sa façon non seulement pour la libération du pays contre le joug de l’envahisseur romain, mais également contre l’aliénation culturelle introduite par les précédents occupants, qu’ils soient des étrangers extérieurs à son peuple ou des « occupants » internes comme l’establishment pharisien qui lui privilégiait l’araméen ?

Déterminer la langue dans laquelle Jésus enseigna devient alors indispensable non seulement pour en comprendre la substance, mais également pour saisir la portée de l’engagement qu’un tel choix représentait, à cette époque.


L’apôtre Paul lui-même ne s’y est pas trompé : la voix qu’il entendit sur le chemin de Damas était celle de Jésus. Or cette voix, Paul le mentionne spécifiquement, lui parla en hébreu !

Citons le passage en entier (Actes, 26, 14) :
« Nous sommes tous tombés à terre et j’ai entendu une voix me dire en hébreu : Shaoul, Shaoul, pourquoi me persécutes-tu?…


Mais je dis : Qui es-tu, Seigneur ? Le Seigneur dit : Je suis Yeshoua que toi tu persécutes »…
Jésus appela Paul de son nom hébreu : Shaoul, qui signifie « l’appelé », nom prédestiné semble- t-il ! On peut voir là une volonté de notifier une chaleur humaine et une familiarité fraternelle de Jésus à l’égard de Paul. Tandis que pour Paul, le fait même de témoigner que Jésus lui parla en hébreu, et dans aucune autre langue, attribuait à la voix une autorité prophétique quasi divine.

Toute la complexité de cette relation Jésus-Paul ne peut être appréhendée que dans la langue hébraïque et en aucune manière en araméen ! Il est bon aussi de remarquer que l’hébreu parlé de Jésus était le rugueux dialecte galiléen distinct du judéen officiel et « policé » de Jérusalem, parsemé de mots grecs, ce qui dénote bien de l’état d’esprit révolutionnaire de ce groupuscule dont Jésus était le meneur.



  1. DE L’ARAMEEN SOUS L’HEBREU ?

Devant l’évidence de ce témoignage paulinien, certains « exégètes » chrétiens, aveuglés par leur anti-hébraïsme forcené, persistent à voir de l’araméen même lorsque c’est de l’hébreu. Sur quoi se base leur opinion ? La voici en substance (mise en italiques) :


"Des passages du Nouveau Testament font en effet allusion à la langue hébraïque. Mais il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot « hébraïque ». Il ne s’agit pas de l’hébreu classique mais de l’araméen. L’apôtre Paul connaissait sûrement l’hébreu, mais dans la vie courante, il parlait grec ou araméen. Et l’apôtre Jean, dans son Evangile, lorsqu’il mentionne des mots « hébreux », entend par là des mots « araméens ». Il est donc clair que lorsque le Nouveau Testament parle de « langue hébraïque » ou d’« hébreu », il faut comprendre « araméen ».


En résumé, les données du Nouveau Testament ne confirment pas sa rédaction en hébreu, suivie d’une traduction en grec. La langue usuelle de la « Palestine » (sic !) au 1er siècle était l’araméen et à Jérusalem même, une forte minorité de la population parlait le grec. On voit mal pourquoi, les auteurs du Nouveau Testament auraient rédigé en hébreu pour traduire en grec ! Comme nous l’avons vu, il semble que Matthieu ait rassemblé les paroles de Jésus en araméen. 
 

Certes Papias et d’autres Pères de l’Eglise ont soutenu que la rédaction de l’Evangile de Matthieu s’est faite en hébreu : « Matthieu réunit donc en langue hébraïque les paroles (de Jésus) et chacun les traduisit comme il en était capable ». (Eusèbe, Histoire de l’Eglise, III, 39, 15-16).

Jérôme (†419), l’auteur de la Vulgate, traduction de la Bible en latin, va également dans le même sens ( » Primus omnium Mattheus… qui evangelium in Judaea hebraeo sermone edidit »). Mais nous sommes ici très loin des origines et il semble que la source de Jérôme soit la même que Papias, Origène et Irénée (qui parlent tous d’un original en hébreu). 
 

On est donc toujours ramené à des suppositions difficiles à prouver et l’hypothèse d’un Evangile de Matthieu rédigé en hébreu reste fragile.

Notons que Papias, qui écrivait vers 130 ne dit pas que tout le Nouveau Testament a été écrit en hébreu. Il ne dit pas non plus que l’Evangile de Matthieu a été écrit en hébreu. Tout ce que l’on sait d’après lui, c’est que Matthieu a mis par écrit en hébreu les « paroles » de Jésus. Or nous savons que pour les anciens le mot « hébreu » signifie araméen
(double sic !). Matthieu aurait donc rédigé un recueil de paroles du Seigneur dans sa langue originale – l’araméen. 
 

En résumé, les données fournies par les Pères de l’Eglise, ne permettent pas d’affirmer que tout le Nouveau Testament a été écrit « en hébreu par les premiers disciples juifs de Yéshoua ». Tout au plus, et ce n’est pas certain, peut-on penser que Matthieu a mis par écrit en araméen les paroles de Jésus. Quoi qu’il en soit ce document est perdu. C’est donc une pure hypothèse qui ne repose que sur le témoignage douteux de Papias… Il est donc impossible de prouver qu’un seul livre du Nouveau Testament ait été rédigé en hébreu avant d’être traduit en grec."



 Fin de citation 



  1. OU DE L’HEBREU SOUS L’ARAMEEN ?

En lisant la prose de ces hébréophobes, on ne peut qu’être sidérés devant tant de mauvaise foi (dans tous les sens du terme) et de malhonnêteté intellectuelle ! Voici des chrétiens qui non seulement mettent en doute et falsifient le témoignage des Pères de l’Eglise, mais les prennent pour des ignares qui ne savent pas distinguer l’hébreu de l’araméen. Pour eux, même Jean l’évangéliste et Paul, l’ancien rabbin polyglotte versé aussi bien dans la Bible que dans l’enseignement oral des pharisiens, étaient des analphabètes qui mélangent hébreu et araméen !


Or, pour être cousines, ces deux langues sont aussi éloignées l’une de l’autre que peuvent l’être le français et l’italien. Un locuteur en hébreu « n’entend » pas l’araméen et vice-versa. Les élèves israéliens laïques aujourd’hui, ne comprennent rien au Talmud de langue araméenne enseigné dans les séminaires religieux.



Toutefois, avant de répondre à leurs exemples pris sur l’Evangile de Jean, contentons- nous d’une remarque : Le nom « Palestine » n’apparaît pas une seule fois dans toute la Nouvelle Alliance (Nouveau Testament) ! Les noms usités sont « Pays d’Israël » ou « Terre d’Israël » ou encore « Judée ».

Pour les successeurs du mouvement de Jésus et ses disciples (trop longtemps taxés de « pacifiste » et « apolitique », alors qu’en réalité il fallait y voir une résurgence hébraïque « subversive » aux yeux de l’occupant romain comme à ceux de l’establishment judaïque !), l’usage du terme « Palestine » aurait été impensable, en tant qu’injure au peuple hébreu.  Ce qui n’empêche pas aujourd’hui certains pseudo- chrétiens - y compris le pape François- , alliés aux propagandistes islamo-palestinistes, de parler de « Jésus le palestinien » (sic !), sans jamais se poser la question pourquoi les Evangélistes se sont interdits l’usage du terme « Palestine », considéré comme un affront et symbolisant l’oppression romaine, alors que l’expression « Terre d’Israël » était fièrement arborée ! Pourquoi donc ces exégètes ne respectent-ils pas, à tout le moins, la terminologie des Evangiles ? Est-ce pour des raisons « antisionistes » inconscientes ?



Parlons à présent de certains mots en araméen relevés dans l’Evangile de Jean. Jean n’était pas un ignare et savait pertinemment distinguer l’hébreu de l’araméen. Alors pourquoi dit-il que des mots en araméens sont en hébreu ? N’est-ce pas parce que son Evangile écrit par lui originellement en hébreu, a d’abord été traduit par un quelconque scribe en araméen avant d’être traduit en grec ?! CQFD !

L’Evangile de Jean est d’ailleurs le seul (avec celui de Luc) qui nous révèle le contenu de l’inscription gravée sur l’écriteau, le 'titulus', placée au- dessus de la tête de Jésus lors de sa crucifixion : « Jésus Nazaréen Roi des Juifs », et en latin « Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum », les célèbres initiales INRI présentes dans toutes les églises. 
 

Entre parenthèses « Nazaréen » n’a ici aucun lien avec la ville de Nazareth, mais vient de la racine hébraïque NTsR qui signifie « garder », « défendre » etc….


ישוע הנצרי ומלך היהודים

(Yeshoua Hanotsri Wemelekh Hayehoudim = Jésus le gardien et le roi des juifs)

IESUS NAZARENUS REX IUDAEORUM

IESOUS NAZORAIOS BASILEUS TON IOUDAION



Cette inscription était en trois langues : hébreu, grec, latin, d’après Jean. L’ordre chez Luc diffère (grec, latin, hébreu). Mais c’est toujours ces trois langues. L’araméen n’y est pas mentionné ! Comment imaginer d’ailleurs que quelqu’un ait pu privilégier l’araméen, au détriment de l’hébreu, la langue scripturaire et sacrée par excellence ?


Et s’il s’agissait en réalité de l’araméen et non de l’hébreu, pour quelle raison Jean lui aurait-il donné la primauté et la prépondérance par rapport au grec et au latin ? N’est-ce pas plutôt parce que le scribe polyglotte de Jean s’adressait principalement à de nouveaux convertis chrétiens, des « Gentils » d’origine grecque, romaine ou autre, et non à des « Hébreux messianiques de souche ».

Il lui importait alors que ces convertis sachent ce qu’ils doivent à la culture hébraïque et au peuple Hébreu. Et qu’ils n’oublient pas, pour reprendre la parabole de Paul, qui est l’olivier d’Israël et qui est la greffe sauvage : " Or si la racine est consacrée, les branches le sont aussi. Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, si toi, l’olivier sauvage, tu as été greffé parmi eux, et rendu participant avec eux de la racine nourricière de l’olivier, ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu fais le fier, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. " (Rom, 11, 16-18).


En d’autres termes, c’est l’olivier des Hébreux qui porte la branche des « Gentils » convertis au christianisme et pas le contraire ! Et c’est pourquoi, selon l’apôtre Paul, tout authentique chrétien se doit de respecter son aîné Hébreu !



Pour en revenir à l’inscription de l’écriteau au- dessus de la tête de Jésus – trop souvent représentée, reconstituée et traduite de manière fantaisiste dans les sites d’internet -, elle donnerait en araméen : « Yeshoua’ Nazara Malka Di Yehoudaia » – initiales comportant 5 lettres (YNMDY), qui ne veulent rien dire dans cette langue !


Alors qu’en hébreu, cela donne: « Yeshoua Hanotsri Wemelekh Hayehoudim », donc les initiales du Tétragramme divin : YHWH ! (le « W » qui rend ici le « et » de la coordination est indispensable en hébreu pour une expression dénuée de verbe). Traduite littéralement en français, elle donne : " Jésus le gardien (de l’alliance ) et le roi des juifs".


Voici comment, par haine anti-hébraïque, certains (pseudo) exégètes chrétiens, affidés au palestinisme, préfèrent déprécier et diminuer la portée de l’Evangile de Jean qui élève Jésus-Yeshoua au statut d’incarnation de Yahweh !



CONCLUSION



Par le biais de « Jésus le palestinien parlant l’araméen » (« parlant l’arabe », n’est qu’une question de temps !), la récupération politique du personnage de Jésus par la propagande islamo- palestiniste est un subtil subterfuge visant à déposséder le peuple Hébreu de son patrimoine culturel et historique.

Car, ne l’oublions pas, Yeshoua'-Jésus (qu’il soit historique ou une figure légendaire, thèse à laquelle personnellement je m’oppose) ne fut pas le seul condamné à la crucifixion. Des milliers d’autres « rebelles » Hébreux appartenant à des mouvements révolutionnaires de résistance contre l’occupant romain, furent crucifiés !



Le mouvement de Jésus s’inscrit en droite ligne avec les autres mouvements de libération du peuple Hébreu qui l’ont précédé et qui l’ont succédé, depuis celui de Bar-Kokhba au IIème siècle après J.-C. et jusqu’au XXème siècle avec le sionisme qui a prôné la « résurrection » de la langue et du peuple hébreu, sa détermination à se libérer de ses oppresseurs et occupants (y compris palestinistes arabo-islamiques), et son aspiration nationale de retour au pays de ses ancêtres et à sa terre. Là où un certain Yeshoua’ Ben Yossef, surnommé Yeshoua’ bar Abba (Jésus Barabbas = Jésus fils du Père) naquit, vécut et mourut pour ses idées.

N’en déplaise aux propagandistes palestinistes islamo-palestinistes et à leurs acolytes de tous poils, Jésus était notre frère, un Hébreu qui parlait l’hébreu.



David Belhassen





14 коммент.:

  1. Bonjour,
    Vous écrivez Vin = AdoM. On ne disait pas yain pour le vin à l'époque ? יין? Comme en hébreu contemporain ?

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  2. Vous dites Paul l'apôtre, je croyais que Saint Paul n'avait pas connu Jésus et ne faisait pas partie des 12 apôtres ?

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  3. Bonjour "Anonyme". Evidemment que Vin se disait "Yaïn", comme aujourd'hui, mais en langue hébreue populaire, il se disait aussi "rouge", comme en français on dit dans les bistrots pour un beaujolais : "donne moi du gros rouge". Mais surtout, le vin est appelé dans la Bible : "le sang du raisin", or "sang" (dam) et "rouge" (adom) sont de la même racine. De là, le jeu de mots de Jésus, entre "mon sang" et "mon vin".

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  4. A Anonyme. Vous confondez "apôtre" et "disciple". Paul n'était pas parmi les 12 disciples de Jésus, mais il est effectivement considéré comme un "apôtre" puisqu'il a diffusé la "bonne parole" de Jésus. Et c'est la signification de "apôtre". D'autre part, Paul n'a effectivement pas connu Jésus physiquement parlant. Mais il s'agit d'une "vision" qu'aurait eu Paul sur le chemin de Damas où il a entendu la voix de Jésus lui parler en hébreu.

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    1. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  5. Bonjour,
    Pouvez-vous nous en dire plus sur le "Yeshoua Hanotsri Wemelekh Hayehoudim" ? Pour commencer je ferai attention la prochaine fois que je visiterai une église. Mais comment peut-on savoir que Nazaréen signifie ici le gardien, "défenseur", et ne désigne pas Nazareth ? Pourquoi alors, justement, ce terme n'a pas été traduit en grec ou en latin mais seulement latinisé et "grecquisé", si on admet que cela n'a rien à voir avec Nazareth ?

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  6. Bonjour Meïr. D'un point de vu étymologique, s'il s'agissait de Jésus de "Nazareth", la forme aurait dû être "naçrati", en hébreu, et non "noçri". Tout comme on dit "eylati" et non "eyli" pour un habitant d'Eylat. Ou encore "Yodfati" et non "Yodfi" pour un habitant de Yodfat. Or Eylat ou Yodfat, sont des substantifs construits exactement comme "naçrat" (le nom de Nazareth en hébreu, avec le S emphatique prononcé Ts en hébreu contemporain). Le traducteur grec des Evangiles a voulu être fidèle à la résonance du terme hébreu, et a transcrit "Ναζωραῖος" donc "Nazôraios" pour "noçrim" au pluirel. Et "nazôraios" n'a aucun rapport avec "naçratim" (habitant de "Nazareth"), car alors il fallait transcrire en grec "nasaratios". Pourquoi alors l'Evangile de Matthieu évoque le bourg de Nazareth ? C'est u bien parce que Jésus était galiléen et qu'à l'époque de la rédaction de l'Evangile de Matthieu ( au moins 40 ans après la mort de Jésus), le bourg de Nazareth était devenu une sorte de capitale de la Galilée.Ou bien, une glose d'un scribe qui n'a pas compris la subtilité de la langue hébraïque et n'a pas fait la distinction la différence entre "noçri" (gardien, donc gardien de l'Alliance) et "naçrati" (habitant de Nazareth).

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  7. J'ai été saisi par la démonstration sur le titulus crucis. Ça me rappelle un tableau étrange vu dans une abbaye trappiste du Nord de la France, peut-être originaire du Proche-Orient, qui porte un curieux titulus où INRI et INBI sont comme fusionnés, la 3e lettre étant une synthèse tronquée de R et de B. Pourtant le traitement général du tableau est orthodoxe (caveau du crâne d'Adam, 🌙 et ☀️, etc.). Et pour couronner (!) le tout, il y a une inscription en arabe que personne de ma connaissance ne comprend vraiment.

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  8. Bonjour DL. Pourriez-vous m'envoyer une photo de ce tableau ? Cela m'intrigue. Et êtes-vous certain que l'inscription soit en arabe ? Et non pas en syriaque ? Car ces deux écritures se ressemblent et on peut dire que l'écriture dite "arabe" est en fait un emprunt au syriaque, lui-même issu de l'écriture araméenne.

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  9. Merci pour cette demande David. Je vais vous l'envoyer via Facebook.
    Didier

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  10. Bonjour David.
    Je viens d'achever la lecture d'un livre de Salomon Malka, Jésus rendu aux siens. Enquête en terre sainte, réédition de 2012.
    C'est un livre qui présente sous forme d'enquête, de discussions, les principaux chercheurs israéliens qui ont travaillé sur Jésus et l'ont remis au goût du jour (Joseph Klausner, David Flusser, Satran, Haïm Cohen, André Chouraqui, etc). Il y a des choses intéressantes et d'autres moins.
    1° Tout d'abord il est dommage que tu ne figures pas parmi les personnes avec qui l'auteur s'est entretenu car les analyses qu'on trouve dans cet article dépasse à mon avis celles qu'on trouve dans le livre.
    2° On y trouve, parmi les différents points de vue de chercheurs spécialistes, celui de David Schwartz, élève du professeur Satran, qui estime, un peu comme toi, que si Jésus se rapproche le plus d'un courant, ce serait plutôt celui des zélotes.
    3° Une discussion avec Moshé Bar-Acher, président de l'Académie des langues hébraïques (pourquoi le pluriel tiens), a attiré mon attention en rapport directement avec cet article.
    Il y évoque tout d'abord le fameux "Eli, Eli lama sabakhtani", tiré du Psaume 22 du Livre des Psaumes. Il ne cite pas en revanche les deux évangiles qui évoquent ce passage, ni la différence de terme, entre "Eli" et "Elahi", ni la suite du verset comme tu le fais, qui éclaire beaucoup. En revanche il nous dit que l'Evangile dit que Jésus a alors parlé en "Hébraisti", en tirant la conclusion que à l'époque l'araméen et l'hébreu étaient plus proches, et que le peuple devait les confondre. Ce que tu critiques et qui paraît un peu absurde. On prend le peuple pour un idiot mais un idiot qui manipule quand même deux langues, tout en les mélangeant. Encore une fois, ton explication me paraît plus poussée que le passage de discussion évoqué par Malka, et explique beaucoup plus. Ce n'était donc qu'une remarque.

    Voici en revanche ma question.
    La page suivante, page 198, le même Bar-Acher, interrogé sur le titulus : "faut-il comprendre Jésus de Nazareth" quand il est dit "Jésus le nazaréen", répond : "Je ne suis pas convaincu que la ville de Nazareth existait à l'époque". Premier élément intéressant.
    Deuxième élément : il écrit : "L'expression de 'nazaréen' ou 'nazoréen' peut se référer à une secte parmi la variété des sectes. Selon la racine que l'on choisit de privilégier, il s'agit des conservateurs de la tradition [donc le gardien comme tu le dis dans l'article], ou ceux qui s'en écartent." Je pense que je n'ai pas besoin d'en dire plus. Tu as compris mon étonnement et ma question.
    Merci d'avance pour ta réponse.
    Méïr

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  11. Bonsoir Meïr. Je connais tous ces auteurs, et malheureusement, je trouve qu'ils sont tous aveuglés par leur éducation judaïco-pharisienne-rabbinique-talmudique, même si certains sont des laïcs.
    Et concernant "Jésus de Nazareth", je n'ai jamais dit dans mon article que telle était l'inscription du titulus. Mais bien, "Jésus ha notsri" (noçri, avec un ç pour le s emphatique). Et la racine "nçr", signifie "gardien" comme dans l'expression biblique "noçrey ha brith" = "gardiens de l'Alliance". Il n'y a dans cette racine- en aucune manière !- une acception de "s'écarter". C'est une pure aberration de la part de Bar-Asher. Je voudrais qu'il me donne une preuve - une seule ! - que cette racine signifie "s'écarter" ! Bar Asher a essayé d'insinuer que le verset d'Isaïe (11, 1): "neçer me shorashw, yfreh" qui signifie "un reste gardé de ses racines grandira", peut se traduire par "un reste écarté (un rejeton) de ses racines, grandira". Une telle falsification n'est pas anodine, surtout de la part d'un grammairien de la langue hébraïque. Elle insinue que le christianisme n'est qu'un "rejeton", un "bâtard" du judaïsme. Et je sais quelles sont les raisons cachées d'une telle contorsion malfaisante de la langue hébraïque : Son apologétique à tout crin du judaïsme rabbinique !

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  12. Jésus n'aurait-il pas pu avoir conversé en Grec avec Pilate? Tous les Romains un tant soit peu cultivés parlaient le Grec cf l'assassinat de César ou dans une situation très stressante, qui induit à des actions instinctives Casca demande l'aide son frère en Grec et non en Latin.

    IL est certain que Pilate le parlait. Jésus? Pas probable mais pas impossible

    En ce qui concerne l'Hébreu et l'Araméen un polyglotte célèbre d'Internet et ne parlant que l'Hébreu a réussi à se faire comprendre au Caire en donnat des sonorités arabes à son Hébreu

    Par exemple Ktv -> ktb -> kitab Est-ce que ça peut marcher entre l'Hébreu et l'Araméen? Est-ce que ça peut marcher avec des gens moins doués?

    J'ai eu une expérience semblable avec le ladino qui est très facile à comprendre avec l'espagnol moderne quand on connait les transformations phonétiques qu'à subi le Castillan depuis 1492.

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  13. A JFM. Yeshou'a-Jésus était un Galiléen. Et non seulement un Galiléen, mais un Galiléen rural. Dans toutes ses paraboles, il n'évoque que la campagne, l'agriculture, l'élevage, et la pêche. Et je ne vois pas comment un Galiléen rural aurait pu avoir une conversation philosophique en grec. Concernant l'araméen et l'arabe, il faut savoir que l'arabe du Coran (devenue après l'islam l'arabe officielle) ne ressemble pas du tout à l'arabe original (hymiarite, ou "sud-arabique"). L'arabe du Coran est une langue artificielle et composite qui a emprunté à l'hébreu du Pentateuque des centaines de mots de son vocabulaire. C'est pourquoi il est facile à un hébraïsant de comprendre l'arabe coranique, et vis-versa. Par contre l'araméen n'a rien emprunté à l'hébreu. C'est une langue bien plus ancienne que l'arabe (coranique). Et un locuteur hébreu ne comprendra pratiquement rien de ce dont parlera un locuteur araméen, et vis-versa. Prenons par exemple le kaddish qui est en araméen : les hébraïsants ne le comprennent pas ou très peu. Par exemple, en araméen on dit : "di bra kire'ute we içmah pourkane", et en hébreu "asher bara kirçono we yaçmiah yeshou'ato". Pratiquement, rien à voir, au moins du point de vue du son et de la prononciation ! Par contre le ladino et l'espagnol sont très proches (en dépit de la différence d'époque) car le ladino est du castillan du 15ème siècle après J.-C.

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